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sept 05

Parole à… Jean-Claude Richez, qui a co-produit le parcours « jeunes et adultes »

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Jean-Claude Richez

Jusqu’au lancement du Congrès nous donnons la parole à des personnalités, pour qu’ils nous disent pourquoi ils s’engagent, aux côtés de l’Anacej, dans la mise en place de ce Congrès. Aujourd’hui parole à Jean-Claude Richez, ancien coordonnateur de la mission observation et évaluation à l’INJEP, qui a co-construit le programme adulte du Congrès de l’Anacej.

Son point de vue sur la participation des enfants et des jeunes aujourd’hui en France.

“Pour moi la question de la participation des jeunes n’est pas seulement une question d’actualité mais un défi majeur auquel se trouvent confrontées nos sociétés aujourd’hui. En effet cette question « fait actualité », est inscrite à l’agenda politique, tant au niveau national, qu’européen depuis plus d’un quart de siècle. L’ANACEJ est née et s’est développée pour répondre à ce défi qui renvoie à deux questions majeures : la reconnaissance des enfants comme sujets de droit et la transformation nécessaire de notre régime de démocratie.

La reconnaissance des enfants, c’est-à-dire de ceux qui sont considérés comme mineurs, s’inscrit dans le droit fil de la Convention internationale des Droits de l’enfant adoptée par l’ONU en 1989. Son article 12  notamment implique que l’on prenne en compte l’opinion de l’enfant. C’est un droit aujourd’hui reconnu mais encore trop souvent peu pris en compte, en particulier dans l’espace public. De façon plus générale nombreux sont ceux qui continuent à penser qu’il n’y a pas de droit attaché à l’enfant à l’exception de celui d’être éduqué et « de recevoir une éducation que seul les adultes éduqués eux-mêmes peuvent lui donner » pour reprendre une formule du pédagogue Philippe Meirieu. L’enfant continue trop souvent à être pris comme « infans », c’est à dire au sens étymologique du terme latin comme « celui qui ne parle pas ». Plus le droit de parler et de voir sa parole prise en compte à la fâcheuse tendance à être dénié aux seuls enfants mais aussi à ceux que notre société classe comme « jeunes » qu’elle tend à considérer comme «infans » bien au delà de l’âge où ils sont légalement reconnus comme majeurs.

La question de la participation des enfants et des jeunes renvoie par ailleurs à une deuxième problématique qui tourne autour de la démocratie, de son fonctionnement et de son nécessaire renouvellement dans ses formes d’exercice dans un monde formé de citoyens plus éduqués, mieux informés, plus mobiles  et reliés entre eux ayant une forte demande d’exercer la participation à la vie de la cité non seulement à travers l’exercice de leur droit de vote, de temps en temps, à l’occasion des élections, mais aussi au quotidien. La distance croissante entre le citoyen acteur et le citoyen élu se traduit d’ailleurs mécaniquement par l’augmentation régulière (et qui semble irréversible) de l’abstention par ceux qui se sentent les plus éloignés de la décision publique. C’est ce constat fait à propos des jeunes qui a été à l’origine des politiques de participation. A côté de la démocratie représentative l’enjeu pour nos démocraties est le développement d’une démocratie participative ou encore délibérative qui fasse une place plus importante au citoyen comme acteur de la démocratie au quotidien, le prenne mieux en compte comme acteur de sa propre vie dans la cité.

D’une certaine manière, ces enjeux historiques posés depuis de nombreuses années font actualité à travers la définition depuis 2012 par l’Etat d’une priorité jeunesse comprenant treize grands objectifs dont trois  renvoient à ce qui fait la raison d’être de l’ANACEJ : promouvoir et valoriser l’engagement des jeunes (objectif 11), renforcer la représentativité des jeunes dans l’espace public (objectif 12), conforter les liens entre les institutions et les jeunes (objectif 13). Il s’agit «d’encourager et soutenir le dialogue avec les jeunes afin de les considérer comme des acteurs et des porteurs de solution sur les sujets qui les concernent (…) enjeu majeur du renouvellement démocratique ». Ceci passe aujourd’hui par le développement des conseils de jeunes et d’enfants, par une plus grande place faite aux jeunes dans les mouvements associatifs, politiques et syndicaux, le développement par les jeunes de leurs propres organisations mais aussi la multiplication des moments et des lieux de rencontre entre jeunes et décideurs politiques (forum, café débats, consultation en ligne, enquêtes, accès aux media etc…).
Ces préoccupations  aujourd’hui ne sont pas propres à notre pays. Elles sont largement partagées au niveau de l’Union Européenne qui parmi les trois grands objectifs de sa stratégie jeunesse se fixe celui « d’améliorer l’insertion sociale et la pleine participation des jeunes à la vie de la société ». Il s’agit « d’augmenter la participation des jeunes à la vie civique des communautés locales et à la démocratie représentative, soutenir les organisations de jeunesse, encourager la participation des jeunes qui n’appartiennent à aucune organisation (…) et améliorer la qualité des services d’information ».

L’enjeu aujourd’hui, comme le met à l’ordre du jour de son prochain Congrès l’ANACEJ, c’est bien de faire « Place aux jeunes dans la vie démocratique ».

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